Prologue - Ce que personne ne regardait
Il y a des histoires qui commencent par une intention, un plan, une ambition affichée dès le premier jour. Celle-ci commence autrement : par un oubli.
Au début des années 2010, le long des lignes à très haute tension qui traversent le Congo de Pointe-Noire à Owando en passant par Brazzaville, l'État engage un vaste chantier de modernisation électrique. Sur les pylônes, on tend un câble un peu particulier — un câble de garde, censé protéger la ligne de la foudre. Mais celui-ci a une particularité : en son cœur, quelques brins de verre. De la fibre optique.
Personne, à l'époque, ne pense télécommunications. On pense courant, tension, stabilité du réseau électrique. La fibre n'est là que pour surveiller les lignes, faire circuler des signaux de maintenance entre les postes. Et pourtant, sur toute sa longueur, elle transporte infiniment moins que ce qu'elle pourrait porter. Une autoroute à huit voies où ne circule qu'une bicyclette.
C'est cette capacité dormante, ce silence dans le verre, qui allait devenir le point de départ de tout le reste.
Chapitre 1 - L'appel d'une infrastructure endormie
Entre 2012 et 2018, pendant que l'ancienne SNE - devenue entretemps E2C - achève de moderniser son réseau électrique, une question commence à circuler dans les couloirs de l'administration congolaise : et si cette fibre, posée presque par accident, pouvait devenir autre chose ?
La réflexion s'engage dès 2015. Elle met trois ans à mûrir. En 2018, une décision est prise : l'État choisira la voie de la concession. Un opérateur spécialisé se verra confier la mission d'exploiter, d'entretenir et de moderniser cette capacité fibre - de réveiller ce qui dormait sur les pylônes.
C'est le point zéro. La genèse silencieuse d'une entreprise qui n'existe pas encore.
Chapitre 2 - 2020 : une naissance sous tension
En 2020, dans un pays et un monde bouleversés par une pandémie, le groupe YAO CORP obtient la concession pour une durée de dix ans. De cette concession naît une filiale entièrement dédiée aux télécommunications : SILICONE CONNECT.
Elle hérite d'un réseau qui, sur le papier, semble déjà considérable :
Selon la manière de compter - le réseau E2C strict ou l'ensemble des segments et boucles - on parle d'environ 1 100 à 1 700 kilomètres de fibre.
Mais hériter n'est pas la même chose que posséder. Le réseau est vieillissant. Ses technologies datent d'une autre époque. Et surtout, il n'a jamais été pensé pour le commerce, la donnée, l'internet - seulement pour la surveillance d'un réseau électrique.
Silicone Connect se retrouve donc face à un triple défi, à mener de front : exploiter, maintenir, moderniser. Trois verbes qui vont rythmer les années suivantes.
Chapitre 3 - Apprendre à parler un nouveau langage (2020–2021)
Un réseau électrique et un réseau télécom ne parlent pas la même langue. Il faut traduire.
Silicone Connect entreprend alors de redessiner cette infrastructure héritée en véritable colonne vertébrale numérique. Deux axes structurants se dessinent.
La dorsale Sud relie Pointe-Noire à Brazzaville en passant par Dolisie - l'artère vitale qui connecte la façade maritime du pays à sa capitale politique.
La dorsale Nord, plus longue, plus ambitieuse, part de Brazzaville et remonte vers Ignié, Ngo, Gamboma, Oyo, jusqu'à Owando - ouvrant, timidement encore, la voie vers l'intérieur et le nord du pays.
Autour de ces deux axes, des boucles métropolitaines se tissent à Brazzaville et à Pointe-Noire, pour irriguer les entreprises, les institutions, les autres opérateurs.
En 2021, l'obtention des licences d'opérateur d'infrastructure et de fournisseur d'accès Internet vient sceller ce basculement. Silicone Connect n'est plus seulement l'héritière d'un câble électrique. Elle devient un véritable acteur des télécommunications, tourné vers le B2B et le marché de gros.
Chapitre 4 - Franchir les frontières (2021 - 2023)
Une infrastructure nationale, aussi solide soit-elle, reste une impasse si elle s'arrête aux frontières. Silicone Connect le comprend vite, et son ambition change d'échelle : ne plus seulement relier les villes congolaises entre elles, mais faire du Congo un point de passage pour toute l'Afrique centrale.
Deux mouvements, presque simultanés, dessinent cette ouverture.
Vers l'ouest et le sud, en 2022, des liaisons sous-fluviales sont posées entre Brazzaville et Kinshasa - un geste à la fois technique et symbolique, puisqu'il connecte deux capitales séparées par un fleuve et ouvre l'accès aux infrastructures internationales de la RDC, en complément de la porte d'entrée que constitue déjà Pointe-Noire via le câble sous-marin WACS.
Vers le nord, les infrastructures issues du Central African Backbone commencent à dessiner deux corridors : Ouesso vers le Cameroun, et Ouesso vers la République centrafricaine. Ces routes seront ensuite exploitées via DATACAB, coentreprise créée en 2022 entre YAO CORP et 3C Technologies.
À partir de ce moment, quelque chose a changé. Silicone Connect a cessé d'être un simple opérateur national. Elle commence, sans le proclamer encore trop fort, à construire un réseau d'interconnexion régional.
Chapitre 5 - Le grand basculement technologique (2023–2024)
Posséder des kilomètres de fibre ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir y faire circuler assez de données, avec assez de fiabilité, pour répondre à des besoins qui ne cessent de croître.
C'est là qu'intervient le tournant le plus décisif de l'histoire de l'entreprise : le remplacement de l'ancienne technologie SDH par le DWDM - le multiplexage en longueur d'onde dense -, en partenariat avec Nokia.
Le principe change tout. Là où une fibre ne transportait auparavant qu'un seul grand flux de données, elle peut désormais en porter plusieurs simultanément, chacun sur sa propre longueur d'onde, comme autant de voies superposées sur une même route.
En juillet 2024, la première phase de cette modernisation du backbone Sud est célébrée. Le réseau annonce alors une capacité de 200 Gb/s entre Pointe-Noire et Brazzaville, et 100 Gb/s sur les localités intermédiaires.
C'est sans doute le moment charnière de toute cette histoire. Jusque-là, Silicone Connect avait hérité, entretenu, étendu. À partir de 2024, elle commence véritablement à construire son propre avantage technologique - à ne plus seulement gérer un héritage, mais à façonner un futur.
Chapitre 6 - Unifier le pays : le projet « 100 % Fibre » (2024 - 2025)
Une fois le Sud modernisé, une évidence s'impose : il faut désormais penser le réseau non plus comme une somme de segments historiques, mais comme un système national cohérent.
C'est la naissance du projet 100 % Fibre, dont les ambitions se déclinent en plusieurs objectifs :
Le réseau change alors de nature. Il n'est plus une succession de tronçons reliés tant bien que mal, mais un système pensé dans son ensemble, dès l'origine.
Chapitre 7 - La pièce qui manquait : le Backbone Nord (2025–2026)
Il reste une pièce essentielle à ce puzzle national et régional : le Backbone Nord, qui doit prolonger et moderniser la dorsale depuis Brazzaville et Owando jusqu'à Ouesso.
Pourquoi cette ville, en apparence excentrée, devient-elle si stratégique ? Parce qu'elle est la porte. Celle par laquelle le réseau congolais peut s'ouvrir vers le Cameroun et la Centrafrique, et donc vers le cœur de l'Afrique centrale.
Le réseau s'articule alors autour de deux grands mouvements complémentaires :
Un axe vertical - Pointe-Noire, puis Brazzaville, puis Owando, puis Ouesso, puis le Cameroun et la RCA.
Un axe transversal - Brazzaville relié à Kinshasa, vers la RDC.
Silicone Connect présente d'ailleurs ce Backbone Nord comme l'élément central de sa stratégie de densification et d'interconnexion régionale - la clé de voûte d'un maillage qui dépasse désormais largement les frontières congolaises.
Chapitre 8 - Le système nerveux d'un pays
Si l'on prend un peu de recul, six années suffisent à raconter une métamorphose complète.
2020 - un réseau hérité, trois villes reliées, une infrastructure née d'un besoin électrique.
2021–2022 - un réseau exploité commercialement, avec ses premières boucles métropolitaines et ses premiers clients entreprises.
2022–2023 - un réseau qui s'ouvre à la région, vers Kinshasa, vers le Cameroun, vers la Centrafrique.
2024 - un réseau qui change de dimension technologique, du SDH au DWDM, avec 200 Gb/s sur le backbone Sud.
2025–2026 - un réseau qui vise la couverture nationale et la résilience : Backbone Sud, Backbone Nord, boucles métropolitaines, corridors internationaux, nouveaux points de présence.
Et au-delà : la vision d'un véritable hub numérique pour l'Afrique centrale.
Épilogue - Huit générations en une seule entreprise
Ce n'est donc pas, au fond, l'histoire d'une entreprise qui « pose de la fibre ». C'est l'histoire d'une transformation en huit temps :
Silicone Connect est née en 2020 d'une ambition simple : transformer une infrastructure fibre héritée du réseau électrique national en une véritable autoroute numérique. Années après années, cette ambition a changé d'échelle - de Pointe-Noire à Brazzaville, de Brazzaville à Owando, puis vers Ouesso, Kinshasa, le Cameroun et la Centrafrique. Le réseau s'est modernisé, densifié, ouvert sur la sous-région.
Aujourd'hui, le projet 100 % Fibre marque une nouvelle étape : passer d'un ensemble de dorsales à un véritable réseau national et régional - résilient, évolutif, et capable de faire du Congo un hub numérique de l'Afrique centrale.
Le fil, autrefois invisible sur les pylônes électriques, est devenu le système nerveux d'un pays.
L’histoire continue…Suivez nous !
Edith LOMBOLOU, Cheffe Département Communication
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